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Immeuble Liberté: L'histoire du premier gratte-ciel africain

Par: Dev WEB2  

HISTOIRE Au centre de Casablanca trône fièrement l’immeuble Liberté. Vous le connaissez peut-être sous le nom de « 17 étages » ou de « l’immeuble paquebot ». Cet O.V.N.I architectural est à la fois un symbole de résistance, de liberté et de nouveauté. Tout un programme ! Made in Casablanca vous fait découvrir les dessous du premier gratte-ciel africain…

Expérience et nouveauté

Casablanca était, dans les années 40-60, devenue un laboratoire d’urbanisme : tout jeune architecte désireux d’expérimenter une nouvelle méthode, de nouveaux logements sociaux, s’essayait à la ville blanche. Ce fût le cas de Morandi. Sous le conseil avisé de son père, Morandi effectua un voyage de prospection au Maroc, histoire de voir si ce pays en plein essor n’aurait pas besoin d’un œil neuf en terme de logements sociaux… Un an plus tard, il s’installait définitivement à Casablanca et très vite on lui demanda de construire un « gratte-ciel de logements ».

Modernité et confort

Que ce soit sa situation géographique ou sa conceptualisation, rien dans l’immeuble Liberté n’a été laissé au hasard. Localisé à la limite (à l’époque) entre les quartiers « populaires » du centre ville (Mers-Sultan, 2 Mars, Habbous, etc.) et les quartiers « chics » (les villas de Gauthier, Anfa, etc.) l’immeuble fait office de tour de contrôle. Orienté sud, grâce à la forme en V du terrain, l’immeuble effectue des économies considérables en terme de chauffage. Et comme la ville est côtière, Morandi pense aussi à isoler et abriter les pièces principales de la brise marine et de l’humidité puisqu’elles donnent toutes sur la place. Toujours dans un souci de confort pour les locataires, les pièces sont incroyablement bien isolées aussi bien sur le plan thermique qu’acoustique. Et comble de la modernité, les vides ordures aboutissent à des incinérateurs par le biais de gaines aseptisées.

Résistance et liberté

 Mais le nom Liberté ne vient pas de sa modernité, de son confort, ni même de son image de proue de navire… Dans les années 50, la question de l’indépendance s’imposait de plus en plus, aussi bien aux yeux des marocains qu’aux yeux des européens. Jacques Lemaigre Dubreuil fait partie de ces derniers. Fervent partisan et activiste de l’indépendance du Maroc, il vivait dans l’immeuble « à 17 étages ». Sa détermination et sa conviction firent de lui l’homme à abattre aux yeux de beaucoup de monde… En 1955 la tension était à son comble : Dubreuil s'était attiré les foudres d'un groupement "contre-terroriste", proche des services secrets français. Dans la nuit du samedi 11 juin 1955, un groupe d’hommes le fusilla et l’assassina au pied de son immeuble. D’une certaine manière, ce meurtre accéléra la machine, et Dubreuil participa pleinement à la cause qui lui était si chère…

Dorénavant vous connaissez l’histoire de ce bel immeuble qui joua un rôle si important aussi bien sur l’indépendance du pays que sur la vision moderne qu’il donna de Casablanca.

Texte Zara Kadiri