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Le Père Jégo : "Mon cœur va vers le Wydad, mais le Raja symbolise la solidité de mon caractère."

FOOTBALL Casablanca est souvent partagée en deux camps quand il s’agit de football : celui des Wydadis et celui des Rajaouis. Pourtant, quand on connaît l’histoire des deux clubs, on découvre un point commun : le Père Jégo. Made in Casablanca vous présente un homme qui a fait beaucoup pour le football marocain.

Le Père Jégo alias Mohamed Ben Lahcen Affani est un fils de commerçant originaire de Taroudant dans la région du Souss. Son père l’emmenait souvent en voyage avec lui ce qui permit à Mohammed d’être polyglotte à 17 ans et il maitrisait parfaitement l’arabe, le français, l’anglais, l’espagnol et le portugais. Après avoir fini ses études au Lycée Lyautey de Casablanca, il s’envole pour Paris où il suit une formation bancaire. Il y découvrit le football et développa la passion qu’on lui connaît jusqu’à aujourd’hui. De retour au Maroc, il parvient à rejoindre les rangs de l’US Athlétique de Casablanca comme arrière droit. Pourtant il laissera le souvenir d’un joueur moyen… Il finit par quitter l’équipe et part pour Londres pour suivre une formation de coach. En 1935 il prend sous son aile quelques équipes des quartiers et commence en parallèle une carrière de journaliste sportif pour le Petit Casablancais. Il est le premier à parler de tactique, de stratégie, de plans de match.

Rouge et Vert

La légende du Père Jégo commence avec les débuts de la section football du Wydad à la fin des années 30. Sa popularité en faisant le candidat idéal pour diriger le premier club 100% marocain. Fort de ses connaissances et de son apprentissage à l’étranger, il apprend aux Wydadis à jouer à l’européenne, avec efficacité et rigueur. Fin technicien et tacticien mais aussi doté d’un flair incomparable quand il s’agissait de dénicher de nouveaux talents. Le Père Jégo c’était à la fois le père, le meilleur ami, le conseiller, il s’intéressait à chaque joueur, leur parlait, les rassurait. Une anecdote raconte qu’il emmenait ses joueurs au cinéma Vox et pendant la séance, il mettait son tarbouche sur les yeux et en profitait pour piquer un petit somme. Après la séance, il les emmenait se régaler dans une pâtisserie. Réputé pour être très généreux, il prenait souvent tout en charge et parfois même il nourrissait les membres les plus défavorisés de l’équipe… Un homme bon, un homme passionné mais un homme qui n’a ni la langue dans sa poche ni peur de déranger. Jusqu’au jour où se fut le mot de trop et la direction du WAC lui montra gentiment la porte de sortie. Trop passionné pour s’arrêter là, il eu l’idée d’aller frapper à la porte du club voisin : le Raja. A nouvelle équipe, nouvelle technique ! Conscient que la morphologie des marocains est plus proche de celle des sud-américains, il apprend aux Rajaouis à être plus technique mais aussi plus spectaculaire : c’est le fameux jeu rajaoui. Dorénavant le Maroc avait deux équipes 100% marocaine mais avec deux styles opposés et ils n’ont pas fini de faire des étincelles sur le terrain !

Après treize années passées à entrainer le Raja, le Père Jégo décide de prendre sa retraite en 1968. Alors qu’il a été l’origine même du football marocain tel qu’on le connaît aujourd’hui, le pauvre homme finira seul et sans le sous… Juste avant sa mort il aura tout de même le plaisir de voir certains de ses protégés jouaient pour l’équipe national pendant la Coupe du Monde 1970 au Mexique.

Texte Zara Kadiri

Photo DR