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Rencontre avec Laurent Nègre, le réalisateur d’Opération Casablanca

CINEMA Saadi, un jeune marocain clandestin en Suisse, se retrouve embarqué dans une opération terroriste bien malgré lui. Voici pour le pitch de la comédie déjantée Opération Casablanca, à partir d’aujourd’hui sur vos écrans. Rencontre avec Laurent Nègre, le réalisateur, qui nous emmène de Genève à Casa le temps d’un film.

Made in Casablanca : D’où est venue l’idée d’Opération Casablanca ?
Laurent Nègre : A la suite des événements du 11 septembre, j'ai ressenti le besoin de partir sur une histoire qui prenne à contre-pied l'équation terrorisme / parano sécuritaire, sur le mode de la comédie. J'ai développé l'idée de base d'un coupable idéal avec un ami marocain, pour me lancer ensuite dans une vraie comédie d'action. 

Made in Casablanca : L’histoire se déroule à Genève… Pourquoi ce titre ?
Laurent Nègre : Aïe ! En dire trop à ce sujet dévoilerait une des bonnes surprises du film, je ne veux pas gâcher le plaisir !

Made in Casablanca : Connaissiez-vous la ville avant ?
Laurent Nègre : C'est mon troisième passage à Casablanca, que je ne me lasse pas de découvrir. La dernière fois, je suis resté une semaine pour le casting, dans les locaux du syndicat des acteurs en centre-ville. C'est une ville immense pour moi qui suis habitué à Genève, et très inspirante. Je me réjouis d'y passer plus de temps. Et, qui sait, d'y tourner un jour.

Made in Casablanca : Vous vous attaquez à un sujet sensible, le terrorisme. Comment doit-on l’aborder pour pouvoir en rire ?
Laurent Nègre : Je crois qu'on doit pouvoir parler de tout et rendre les choses intelligibles, pour soi, pour les autres, dans la mesure de ses capacités intellectuelles. Aborder les sujets sensibles, sans trembler mais avec conviction, ça m'intéresse. Par l'humour, je me suis senti à l'aise pour raconter l'aventure d'un personnage pris en tenaille entre terroristes et forces de sécurité sans scrupule. Mais le sujet le plus sensible reste toujours le personnage, parce que ce n'est pas un thème abstrait, mais un être en chair et en os qu'il faut rendre crédible et accompagner dans son parcours en restant le plus juste possible. Commettre des erreurs vis-à-vis d'un personnage me paraît beaucoup plus dangereux que d'aborder tel ou tel sujet.

Made in Casablanca : Une comédie comme celle-ci a-t-elle aussi pour but de faire réfléchir à des questions de société (les clandestins, la tolérance, etc.) ?
Laurent Nègre : Si le film provoque ça, j'ai atteint une partie de l'objectif. S'il arrive à faire rire les gens et leur permet de s'extraire - rien qu'un instant - des sables mouvants dans lesquels on se débat tous en permanence, je ne veux rien demander de plus. 

Made in Casablanca : Après avoir monté le court-métrage « Il neige à Marrakech », voici « Opération Casablanca ». Est-ce un hasard, ou avez-vous un rapport particulier avec le Maroc ?
Laurent Nègre : C'est un pays qui m'attire et m'inspire depuis longtemps, et que j'ai soif de mieux connaître et de parcourir avec du temps devant moi.

Made in Casablanca : Comment avez-vous trouvé votre acteur principal, Tarik Bakhari ?
Laurent Nègre : Lors du casting à Casablanca. La rencontre a été hyper claire, et les essais qu'on a fait ensemble m'ont immédiatement convaincu. Tarik est un comédien exceptionnel et une très belle personne. Je me considère très chanceux d'avoir fait ce film avec lui et j'espère avoir l'occasion prochainement de remettre ça ! 

Made in Casablanca : Il se dit justement que vous avez un autre projet avec Tarik Bakhari… Un suite à Opération Casablanca ?
Laurent Nègre : Après Opération Casablanca tourné en Suisse, Opération Interlaken (ville suisse, ndlr), et ça se passerait à...Essaouira ! Non sérieusement, on est en pleine réflexion, mais je suis un peu superstitieux sur ce registre, et je préfère parler de ce qui est sûr.

Interview Mathias Chaillot
Photo DR